Réponse de l'UFE à la consultation publique RTE sur les Futurs énergétiques 2050
21 mai 2026
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Je m'inscrisTous les scénarios d’atteinte de nos objectifs français en matière de climat, allant de la réduction de 55 % des émissions de GES d’ici 2030[1] à la neutralité carbone à l’horizon 2050, se traduisent par une hausse importante de la consommation d’électricité, s’inscrivant dans une électrification des usages (industrie, mobilité, bâtiment…) et une réindustrialisation ambitieuse. Dans une perspective de forte croissance des consommations d’électricité et de renouvellement des capacités de productions électrique bas carbone et renouvelables, dans une approche de neutralité technologique, les énergies renouvelables électriques sont indispensables pour répondre à nos besoins d’électrification. La France possède à ce titre des atouts industriels indéniables : des équipements et des instituts de recherche publics et privés de qualité, des compétences et des savoir-faire, un tissu d’entreprises opérant dans les filières d’énergies renouvelables électriques et produisant à des coûts compétitifs. Concernant l’hydroélectricité, la France occupe une position prépondérante au niveau européen, avec de nombreuses entreprises spécialisées et des acteurs clés contribuant ainsi à son leadership. Cette position forte doit être préservée.
A l’heure où des échéances décisives se profilent, les récentes crises géopolitiques nous rappellent le caractère stratégique de l’approvisionnement en énergie et notre dépendance actuelle aux énergies fossiles. En 2022, l’électricité représentait 27% de la consommation d’énergie finale en France, contre encore 58% pour les énergies fossiles importées, dont le coût fut supérieur à 100 Milliards d’euro cette même année. Nous assistons dans ce contexte à une recrudescence du protectionnisme des Etats tels que la Chine, les Etats-Unis, l’Inde ou la Turquie, entrainant l’Europe dans une course à la maîtrise des technologies et à la sécurisation des approvisionnements en composants et matières premières dans l’objectif d’assurer leur transition énergétique. L’UE a ainsi adopté le 06 février 2024 un accord sur le règlement pour une industrie
« zéro net » (NZIA) dans l’objectif de développer une industrie européenne propre. Aussi l’UFE appelle les pouvoirs publics à mettre en œuvre rapidement ce règlement de manière à renforcer les chaînes de valeurs industrielles existantes et à concrétiser de nouveaux investissements sur notre territoire nous permettant de renforcer notre souveraineté énergétique.
Dans ce cadre, l’UFE soutient l’urgente nécessité de soutenir les filières industrielles françaises des EnR électriques, mais également des réseaux. Cela permettra de répondre aux enjeux de sécurité d’approvisionnement, de cohésion entre les territoires et de relance économique, pour améliorer in fine la compétitivité de nos entreprises et le pouvoir d’achat des ménages. Pour accompagner cette ambition, nous devons en outre impérativement répondre aux besoins en termes d’emplois et de formations de toute la chaîne de valeur.
L’UFE insiste enfin sur les conséquences d’une éventuelle inaction ou de retards à répétition durant les prochaines années :
Le NZIA nous oriente vers un renforcement de la capacité de production de technologies bas-carbone[3] et vers un objectif de couvrir 40% des besoins annuels de l’UE en matière de déploiement des technologies propres d’ici 2030, combiné à un 2ème objectif de 15% de la production mondiale (en valeur) de ces technologies devant être assurée par l’UE d’ici à 2040. Le règlement doit permettre de renforcer la compétitivité et la résilience de l’industrie européenne et de soutenir la création d’emplois qualitatifs.
L’un des accords trouvés en trilogue est d’inclure des critères hors-prix dans les AO renouvelables entre 15% et 30% de la notation (pour au moins 30% du volume mis aux enchères par an et par Etat membre), permettant de favoriser l’industrie européenne, de stimuler la production et d’alléger le bilan carbone. L’UFE rappelle que la pondération du critère prix reste élevée pour les AO nationaux : 70 % pour le photovoltaïque au sol, 95 % pour l’éolien terrestre, 70 % pour l’éolien en mer. L’UFE rappelle que les critères de sélection doivent être soigneusement définis pour permettre de contribuer à la dynamisation des filières.
Dans l’objectif d’atteindre un équilibre entre l’offre de produits et la demande, aussi bien en termes de volume, de prix, que de qualité, plusieurs conditions doivent tout d’abord être garanties pour que les AO intègrent des critères hors-prix sans complexités excessives :
Les critères hors prix doivent ainsi être clairement définis, simples à quantifier et à mettre en œuvre. L’UFE souligne également que seuls des appels d’offres attribués dans les temps et sans contentieux liés à l’attribution (des AO) permettront de développer l’industrie française et européenne.
L’UFE propose alors d’intégrer dans les AO les critères hors prix ci-dessous, qui favoriseront des retombées industrielles européennes et françaises, pour toutes les technologies, solaire, éolien terrestre & en mer :
Si le poids de la notation dans l’appel d’offre ne permet pas de combler l’écart de compétitivité entre production européenne et non-européenne induit par ce critère, la mise en place d’un appel d’offres dédié en sus des appels d’offres existants avec un critère de préqualification exigeant un nombre minimum d’étapes industrielles effectuées au sein de l’Union européenne devra être étudiée, notamment dans le cas du solaire. Une telle proposition permettra de garantir des débouchés aux productions européennes sans compromettre l’objectif d’accélération des EnR.
Pour l’éolien seulement :
L’UFE propose également de développer des critères de préqualification suivants (cumulatifs), assurant un rôle de résilience et de durabilité pour toutes les technologies, photovoltaïque et éolien. Il conviendra de s’assurer que ces critères n’excluent pas de candidats de manière discriminatoire.
Nota : la « capacité à livrer le projet dans son intégralité et dans les délais » figure déjà dans les AO EnR français.
Le critère de préqualification suivant pourrait également être ajouté :
Dans un contexte de perte de substance industrielle du territoire français dans la filière des réseaux électriques, une attention particulière doit par ailleurs être portée aux sites de fabrication de systèmes, de matériels électriques et de câbles localisés en France pour renforcer la compétitivité et la souveraineté industrielle du secteur. En effet, certaines capacités industrielles sont d’ores et déjà saturées sur le territoire français comme européen, notamment concernant la fabrication des transformateurs et des postes de distribution. Augmenter la capacité industrielle nationale dans ces activités industrielles et assurer l’approvisionnement en matières premières (telles que le cuivre[5] et l’aluminium) sont donc une condition de succès de notre transition énergétique.
Les recommandations de l’UFE en matière de retombées industrielles pour le réseau sont détaillées dans la fiche de l’UFE sur le maintien d’un leadership mondial dans le domaine des réseaux électriques[6]. Les points suivants sont notamment mis en exergue :
RTE consulte actuellement son prochain Schéma décennal de développement du réseau (SDDR). RTE y rappelle que le tissu industriel européen et français est aujourd’hui très contraint et émet donc des doutes sur la capacité de l’écosystème industriel à pouvoir suivre les dynamiques des prochaines années. La montée en puissance de « l’écosystème industriel » est donc vitale dans les prochaines années et RTE propose en conséquence de modifier sa stratégie d’approvisionnement et d’une standardisation des achats, en contrepartie d’un renforcement, dans le même temps, des engagements des fournisseurs. Les analyses du SDDR permettront aussi d’éclairer les leviers envisageables pour limiter les risques d’approvisionnement et d’impact en cuivre et en aluminium en réduisant notamment la consommation de ces ressources.
L’UFE propose dans le cadre de cette consultation la mise en place d’une collaboration renforcée au sein de la filière des réseaux électriques, associant Enedis, RTE, les ELD et les principales organisations professionnelles, afin d’agir suffisamment en amont dans le développement industriel. Il s’agit de s’inscrire dans une démarche de collaboration entre les acteurs de la filière pour s’assurer d’un développement à moyen long terme suffisant pour satisfaire tous les besoins et éviter de futures tensions d’approvisionnement et/ou un renchérissement des prix. Une filière des réseaux électriques structurée permettrait d’agir de manière plus forte et plus visible pour promouvoir la souveraineté industrielle.
[1] par rapport à 1990
[2] Commission européenne, « EU strategic dependencies and capacities : second stage of in-depth reviews”, février 2022
[3] prise en compte de l’ensemble des technologies propres EnR, nucléaire, technologies de réseaux et hydroélectricité
[4] Directive sur les rapports de développement durable des entreprises » en français, la CSRD est une directive de la Commission européenne, 16 décembre 2022
[5] La France doit sécuriser son approvisionnement en métaux auprès de mines, notamment de cuivre et améliorer ses capacités de recyclage et la quantification des gisements de cuivre secondaires pouvant les alimenter.
[6] https://ufe-electricite.fr/maintien-leadership-mondial-reseaux-electriques/
Propositions pour le renforcement du lien entre déploiement des énergies renouvelables électriques et retombées industrielles en France et en Europe
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