Réponse de l'UFE à la consultation de la CRE relative à la méthodologie de paramétrage du mécanisme de capacité et aux conditions d'octroi des contrats pluriannuels
19 mai 2026
Le mardi 23 juin 2026 se tiendra la 14ème édition du Colloque de l'Union Française de l'Electricité à Paris !
Je participeDepuis la fin des années 2000, le marché de gros de l’électricité européen est confronté à des épisodes de prix négatifs :
En 2023 et a fortiori en 2024, années caractérisées par des niveaux de consommation inférieurs à ceux de la période 2014-2019, le phénomène des prix négatifs s’est fortement amplifié. Ainsi, au 1er semestre 2024, la France a totalisé 233 heures de prix négatifs, sur le marché spot J-1 contre 53 au premier semestre 2023 et 147 sur l’ensemble de l’année 2023, qui constituait pourtant déjà le maximum historique en France. Ces prix négatifs apparaissent typiquement le printemps et l’été, entre 11h et 15h, en raison de l’empilement des productions nucléaire, hydraulique au fil de l’eau, éolien et solaire (ce dernier produisant par nature davantage sur ces heures) et des faibles niveaux de consommation lors de ces périodes. Dans les pays frontaliers avec laquelle la France est interconnectée, une tendance similaire est observée.
L’augmentation de la récurrence de ces prix négatifs traduit les besoins d’adaptation du système électrique :
Dès lors, pour optimiser le fonctionnement du système électrique et tirer pleinement parti de la production bon marché et bas-carbone, la priorité doit être donnée au développement des flexibilités, en particulier la flexibilité de la consommation (I). Pour autant, dans un système électrique où la part des énergies renouvelables continuera d’augmenter et où la sortie des énergies fossiles au profit de l’électrification tarde à se concrétiser, les situations de prix négatifs, en l’absence d’évolutions supplémentaires, pourraient perdurer au moins sur une partie de la prochaine décennie. Dès lors, pour en limiter l’apparition ou a minima la profondeur, l’UFE propose par ailleurs des mesures d’adaptation des mécanismes de soutien des énergies renouvelables susceptibles de réduire la formation de prix négatifs (II). L’UFE fait enfin plusieurs recommandations pour améliorer la gestion opérationnelle de ces prix négatifs en développant notamment la pilotabilité de la production renouvelable (III).
Pour maximiser l’efficacité de ces propositions pouvant être mises en œuvre à l’échelle nationale, une discussion sur le phénomène des prix négatifs à l’échelle européenne devra nécessairement déboucher en parallèle sur des évolutions coordonnées, qui pourront notamment être discutées au sein d’Eurelectric.
En synthèse, l’UFE propose les actions ci-dessous :


Un déplacement de la consommation vers les périodes d’abondance de production, permettrait de faire bénéficier le consommateur final de la compétitivité et de l’abondance du parc de production français, de réduire le volume d’écrêtement d’électricité renouvelable et ce faisant d’alléger à la fois la charge de l’Etat pour compenser ces périodes et leur gestion opérationnelle par RTE.
Il est par ailleurs nécessaire de développer les capacités de stockage, incluant le développement des stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) et des batteries :
Ces propositions pourront être complétées et approfondies dans les prochaines semaines dans le cadre de la taskforce flexibilités lancée par l’UFE.
Pour une gestion économique efficace du mix électrique, il est souhaitable d’inciter les capacités de production renouvelable sous obligation d’achat à contribuer à l’atténuation des situations de prix négatif.
Au 31 décembre 2023, près de 25,5 GW de capacités renouvelables sont sous ce mécanisme (éolien, solaire, hydraulique et cogénération). Si certaines installations sortiront de ce dispositif de soutien à l’échéance de leurs contrats respectifs (éolien terrestre autour de 2030 et éolien en mer plus tardivement), ainsi que le volume d’hydraulique sous OA qui va progressivement diminuer, ce mécanisme de soutien est néanmoins appelé à croître avec le développement du photovoltaïque diffus (RTE estime qu’il pourrait y avoir environ 20 GW de PV BT en 2030 et plus de 30 GW en 2035).
Dans ce cadre, l’UFE appelle à profiter de la pilotabilité de certains de ces actifs en proposant plusieurs mesures susceptibles de faire évoluer ce mécanisme de soutien tout en maintenant l’équilibre économique des contrats :
L’amplification du phénomène des prix négatifs engendre une incertitude sur les plans d’affaires des installations photovoltaïques sous complément de rémunération, ceci en raison d’une indemnisation insuffisante lors des heures de non-production, insuffisance dont les effets deviennent de plus en plus critiques. Au vu des écrêtements croissants de production renouvelable, les systèmes de compensation actuels, conçus en 2016-2017 montrent leurs limites et doivent être améliorés. Le calcul de la prime de non-production en cas de prix négatifs pour les installations sous complément de rémunération pourrait ainsi être ajusté pour d’une part, insensibiliser davantage le plan d’affaires des actifs aux conséquences des prix négatifs, et d’autre part, renforcer le caractère incitatif du dispositif.
Dans ce cadre, l’UFE propose de :
Pour améliorer la gestion des épisodes de prix négatifs pour les parcs éoliens dont l’arrêt complet/redémarrage peut entrainer une usure des machines, l’UFE est favorable à la proposition de la CRE, consistant à verser la prime de non-production en période de prix négatifs quand bien même quelques kWh de talon de production seraient injectés, si cela est de nature à aider les producteurs sous complément de rémunération à respecter le signal. Un seuil unique pourrait être fixé afin d’éviter une gestion de référentiel complexe et coûteuse. Celui-ci pourrait par exemple se situer à 2% de la puissance installée.
Pour ajuster sa stratégie d’équilibrage et identifier les congestions réseau ou problèmes de tension, il est primordial que RTE et les GRD reçoivent les prévisions de production des producteurs. L’obligation de programmation prévoit ainsi que toute installation de plus d’1 MW envoie en J-1 à 16h30 ses prévisions de production à la maille site. Ces prévisions peuvent être redéclarées en IJ, toutes les heures à date et à terme, tous les 1/4h. Pour autant, certains producteurs ne le font pas ou envoient des prévisions de mauvaise qualité ce qui conduit RTE et les GRD à utiliser leurs propres prévisions de production.
Par ailleurs, le comportement des producteurs en complément de rémunération, contractuellement incités à s’arrêter de produire pendant les prix négatifs, est relativement hétérogène : toutes les installations en complément de rémunération ne s’arrêtent pas nécessairement lors des épisodes de prix spot négatifs.
Ce manque de visibilité complexifie la stratégie d’équilibrage de RTE qui a du mal à estimer le déséquilibre en entrée de fenêtre opérationnelle ce qui le conduit parfois à prendre des actions contreproductives sur le mécanisme d’ajustement [6].
L’UFE appelle ainsi les filières à sensibiliser sur le besoin d’améliorer l’exhaustivité et la fiabilité des programmes d’appel.
Le modèle d’équilibrage français se traduit par la recherche d’un juste équilibre entre le principe de responsabilisation des acteurs de marché et celui d’une centralisation de l’équilibrage à l’approche du temps réel. Ainsi si RTE porte la responsabilité physique de l’équilibrage du système électrique, les Responsables d’équilibre (RE) sont financièrement responsabilisés à équilibrer en amont de la fenêtre opérationnelle les éléments d’injection et de soutirage de leur périmètre.
Or, les producteurs sous complément de rémunération sont incités à s’arrêter lorsque les prix spots sont strictement négatifs et à produire à leur maximum dès lors que le prix spot devient nul ou positif. Or, lorsque les prix sont très légèrement négatifs, il peut arriver qu’une partie des volumes à la vente soient tout de même retenus en raison de l’interpolation linéaire qui est faite entre deux pas d’offres.
Certaines installations sous complément de rémunération dont le volume de production a été vendu (cf. point précédent) s’arrêtent pour toucher la prime de non-production en période de prix négatif. L’agrégateur se retrouve ainsi déséquilibré et contraint de se rééquilibrer en infra-journalier via des produits plus chers et potentiellement plus carbonés (ex : installations thermiques) que la production des installations sous complément de rémunération.
L’UFE est en ce sens favorable à la proposition formulée par la CRE lors de sa récente consultation informelle et visant à verser la prime de non-production en période de prix négatifs que l’installation s’arrête ou pas lorsque les prix sont très légèrement négatifs (zone tampon entre 0 et -0,1/MWh) [7], cette mesure aidant les RE à s’équilibrer.
Actuellement, seule la production renouvelable raccordée au réseau public de transport est tenue de participer au mécanisme d’ajustement, uniquement à la hausse, à laquelle s’ajoute moins de 500 MW d’installations éoliennes ou photovoltaïques raccordées au réseau public de distribution.
Or, RTE manque de façon régulière de leviers à la baisse sur le mécanisme d’ajustement, que ce soit en période de forte production ou pas. RTE a ainsi été amené cet été à faire appel de façon exceptionnelle à des grands parcs éoliens et photovoltaïques raccordés au réseau de transport, pour environ 1 GW de baisse en dehors du mécanisme d’ajustement sur un mode dérogatoire. Bien que conforme aux dispositions actuelles du code de l’énergie, il serait préférable que de tels appels se fassent via le mécanisme d’ajustement.
Cela suppose d’élargir la participation au mécanisme d’ajustement d’installations renouvelables y compris, d’une partie de celles raccordées au réseau public de distribution, en complément des installations raccordées sur le réseau public de transport.
Dès lors, l’UFE appelle à :
La mise en œuvre de ces deux propositions nécessitera par ailleurs de préciser les dispositions du contrat d’achat entre la participation au mécanisme d’ajustement et le versement du soutien : l’UFE suggère sur ce point de s’inspirer du cahier des charges de l’AO offshore n°6 qui prévoit des modalités d’insensibilisation pour le versement des mécanismes de soutien. Celles-ci pourraient être adaptées et étendues à l’ensemble des installations souhaitant participer au MA, qu’elles soient en CR ou en OA, ce qui suppose :
Les volumes d’arrêt de production EnR en période de prix négatifs deviennent très importants (jusqu’à 6 GW) et devraient continuer de croître compte tenu des perspectives de croissance de la production renouvelable. Or, la production renouvelable a des gradients d’arrêt très rapides. L’arrêt de cette production, s’il est synchronisé, est de nature à générer un risque pour la fréquence, quand bien même les RE sont équilibrés en énergie.
En effet, d’une part ces variations sont susceptibles de dépasser le dimensionnement de la réserve primaire en Europe, d’autre part la réserve primaire pourrait ne pas être assez rapide pour endiguer ces variations de fréquence.
Dès lors l’UFE s’interroge sur les solutions à mettre en œuvre pour que :
Dans ce cadre, il est nécessaire de prévoir une insensibilisation de la rémunération des producteurs sur les minutes encadrant les heures d’arrêt/redémarrage de manière à éviter par exemple que ces derniers soient pénalisés quand, du fait de l’échelonnement, ils produisent encore sur les premières minutes de l’heure à prix négatif.
Ces dispositions devront être concertées avec les gestionnaires de réseau, les agrégateurs et les producteurs.
[1] Une installation sous contrat de complément de rémunération n’est pas rémunérée pour une production en cas de prix spot négatifs et reçoit une prime si elle n’injecte pas d’électricité pendant ces heures : ces installations EnR ont montré leur capacité à répondre au signal à la baisse lors de prix négatif avec des modulations jusqu’à plus de 50% de la capacité totale en moins de 30 minutes
[2] L’installation est rémunérée au prix du contrat d’OA qu’elles que soient les configurations de prix de marché
[3] Cet été RTE a ainsi été conduit à écrêter en période de prix négatifs, hors mécanisme d’ajustement, de grands parcs éolien et photovoltaïque pour 1 GW de baisse
[4] Le code de l’énergie définit les effacements de consommation (flexibilité de consommation à la baisse) à l’article L271-1 et prévoit par ailleurs les effets d’un effacement sur la consommation d’un site avant et après l’effacement (article L271-1 du code de l’énergie précisé par le décret effacement août 2016). La flexibilité de consommation à la hausse dite “pure” (c’est-à-dire indépendante d’un effacement) ne figure pas en revanche dans le code de l’énergie.
[5] Le marnage désigne la fluctuation du niveau de l’eau dans les cours d’eau, canaux et bassins
[6] En l’absence de visibilité sur les volumes qui vont s’arrêter, RTE peut ainsi être amené à surestimer le déséquilibre offre-demande et en conséquence à d’abord activer à la baisse un volume de type RR plus important que le besoin réel, avant de prendre une action en sens inverse en activant des volumes à la hausse de type mFRR pour rétablir l’équilibre (ce qui correspond à un contre-ajustement).
[7] La CRE indique « que la zone comprise entre -10c€/MWh et 0€/MWh semble être suffisamment résiliente pour s’adapter à d’éventuelles modifications du format de soumission des offres des NEMO. Que la granularité des offres sur le Spot soit de 1c€/MWh ou de 10c€/MWh, cette zone permet aux agrégateurs de réaliser des offres permettant de s’assurer de ne rien vendre lorsque le prix est inférieur à -10c€/MWh et de vendre 100% de leur production prévisionnelle lorsque le prix Spot est supérieur ou égal à 0€/MWh. Entre ces deux bornes, il est possible que les offres déposées par l’agrégateur conduisent à une vente partielle du potentiel de production dans son périmètre : dans la mesure où les revenus issus du contrat de CR sont indépendants d’une production ou non des installations, l’agrégateur devrait pouvoir se coordonner avec les producteurs dans son périmètre pour que la production effective du parc sous sa responsabilité corresponde à la production vendue sur le marché en J-1. »
[8] L’article R314-17 devra ainsi être modifié en complétant la mention suivante : « le producteur ayant conclu le contrat prévu à l’article L. 314-1 est tenu de vendre la totalité de l’électricité produite par l’installation concernée à la société Electricité de France ou à l’entreprise locale de distribution »
Propositions de l'UFE pour l'atténuation des épisodes de prix négatifs et de leurs effets sur le système électrique
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