Avec Joe Biden, une maison blanche plus « green » pour sauver la planète bleue ?

Avec 306 grands électeurs sur les 270 nécessaires, Joe Biden va bien être investit comme 46e président des Etats-Unis mercredi 20 janvier 2021. Elu avec la sénatrice de Californie Kamala Harris comme vice-présidente, la première priorité de Joe Biden restera la lutte contre la troisième vague de la covid-19, les Etats-Unis étant le pays le plus touché par cette pandémie. Le nouveau président américain devra initier et mener d’autres combats de front : de l’économie à la santé, en passant par la sécurité, la politique étrangère ou encore la rénovation des infrastructures, bien des dossiers l’attendent déjà sur le bureau ovale.

Les ambitions, avant les actions ?

Mais depuis le début de sa campagne, et après le mandat climatosceptique de Donald Trump marqué par des déclarations tonitruantes (« Ça finira par se refroidir ») et 125 mesures environnementales révoquées ou affaiblies [1], Joe Biden a fait du changement climatique et de la transition énergétique un axe majeur de sa campagne et du mandat à venir. « Tout comme nous devons être une nation unie pour faire face à la Covid-19, nous avons besoin d’une réponse nationale et collective au changement climatique » a-t-il déclaré samedi 19 décembre lors de la présentation des membres clés de son équipe chargée du climat. L’annonce en la matière ayant eu à ce jour le plus d’écho est évidemment la réintégration des Etats-Unis dans l’Accord de Paris. Pour rappel, Donald Trump avait annoncé en juin 2017 un retrait isolé des Etats-Unis effectif depuis le 5 novembre 2020. Et nul besoin d’un feu vert du Congrès pour revenir dans cet Accord, la décision de Joe Biden suffit pour que ce retour soit opérationnel dès le premier jour de sa présidence.
In fine, les Etats-Unis n’auront tourné que brièvement le dos au reste du monde. Ce retour dans l’Accord de Paris et l’engagement qu’il porte sur l’atteinte des Etats-Unis de la neutralité carbone en 2050, constituent un signal positif nécessaire de la part de la première économie mondiale et du deuxième pays le plus émetteur de CO2 au monde, pour insuffler un élan politique et relancer une diplomatie climatique.

La perspective d’un nouvel agenda climatique transatlantique semble dès lors revenir sur la table, l’élection de Joe Biden ayant été très favorablement accueillie sur le vieux continent.

En route vers l’Objectif Neutralité Carbone 2050 ?

Mais les signaux ne suffiront pas et les attentes s’avèrent fortes autour de Joe Biden pour qu’un certain nombre de réformes soit engagées en faveur de la limitation des gaz à effet de serre aux Etats-Unis. Afin de rendre l’Amérique plus verte, le successeur de Donald Trump compte mobiliser 2 000 milliards de dollars en quatre ans pour la décarbonation de l’économie, avec selon lui « 10 millions d’emplois à la clé » [2]sans oublier la promesse de « supprimer les subventions fédérales à l’industrie pétrolière  » [3]. Le 46e président des Etats-Unis veut investir massivement dans les énergies renouvelables, doubler l’éolien offshore d’ici 2030, rendre les transports publics entièrement verts dans les villes de plus de 100 000 habitants et entend « construire 500.000 stations de recharge pour les véhicules électriques et 1,5 million d’habitations et logements sociaux économes en énergie » [4]. Il souhaite également la création « immédiate » de 250.000 emplois pour fermer des millions de puits de pétrole et de gaz abandonnés, considérés comme des risques pour la santé et la sécurité.

Pour affronter « la menace existentielle » que constitue le changement climatique, Joe Biden sera notamment entouré de l’ex-secrétaire d’État de Barack Obama, John Kerry (qui a signé l’Accord de Paris en 2016 au nom des États-Unis), membre du conseil national de sécurité et émissaire spécial sur le climat avec rang de ministre. Jennifer Granholm, secrétaire en charge de l’Énergie devra également mettre en œuvre certains points clés du programme, comme le développement des alternatives aux énergies fossiles et l’efficacité énergétique des bâtiments.

En disposant pour ce début de mandat de 50 sièges sur les 100 que compte la chambre haute du Congrès américain, c’est la vice-présidente élue Kamala Harris qui tranchera en cas d’égalité, donnant de facto la majorité au parti démocrate qui contrôle déjà la Chambre des représentants. A priori et sur le papier, pas de risque d’inertie parlementaire donc à prévoir dans la mise en œuvre de ses ambitions en matière de transition énergétique. Pour légiférer dans ce sens, l’ancien vice-président de Barack Obama devrait aussi compter sur « la mobilisation de plus en plus large de pans entiers de la société en faveur d’une action contre le réchauffement climatique » [5] analyse David Levaï, chercheur à l’Iddri, à l’instar de la Californie qui prévoit que toute son électricité « ait un bilan carbone neutre » [6] pour 2045.

Un président attendu au tournant

Ainsi, en dépit d’un recul de la consommation de charbon « de plus de 20% entre 2016 et 2019 » [7], d’une augmentation continue de la production américaine d’électricité d’origine renouvelable (21,9% de la production américaine d’électricité au premier semestre 2020), de l’arrivée du constructeur américain de voitures électriques Tesla dans le prestigieux indice S&P 500 qui regroupe les 500 plus grandes sociétés cotées aux États-Unis lundi 21 décembre 2020, l’économie et le modèle énergétique américain présentent toujours une très large dépendance au pétrole, surtout depuis la récente exploitation du gaz de schiste. Les Etats-Unis sont depuis 2017 le premier pays producteur de pétrole et de gaz naturel au monde, disposant d’un mix énergétique encore fortement carboné : les énergies fossiles « ont compté pour 91,5% de la consommation d’énergie primaire des États-Unis en 2019 », contre 84,3% en moyenne au niveau mondial, nous rappelle le BP Statistical Review of World Energy. Le boom du gaz et du pétrole de schiste constitue par ailleurs une source importante de revenus pour certains États américains comme le Texas ou la Pennsylvanie. Le poids de cette économie liée aux énergies fossiles et ses enjeux inhérents en termes d’emplois, notamment dans les classes moyennes et populaires, ne simplifieront pas la tâche de Joe Biden dans sa volonté de mener une politique pro-environnement. Ces paramètres pourraient, le cas échéant, rendre la transition énergétique des Etats-Unis encore plus complexe avec une « opposition de l’industrie des combustibles fossiles et des communautés qui en dépendent » .
L’urgence climatique impose cependant de ne pas attendre pour agir. Espérons que l’année 2021 soit l’an 1 post Covid, année de l’espoir to make our planet and our lives great again.

[1Trump rolled back more than 125 environmental safeguards. The Washington Post. 30 octobre 2020

[2USA, les 4 années à venir pour le climat : 2 salles, 2 ambiances. France Inter. 4 novembre 2020

[3Ce que le plan climat de Joe Biden signifie, The Conversation, 13 novembre 2020

[4buildbackbetter.gov

[5Biden, président écolo ? L’Obs. 8 novembre 2020

[6La Californie s’engage à atteindre 100 % d’électricité « propre » d’ici à 2045. Le Monde. 10 septembre 2018

[7Rappels sur la situation énergétique des États-Unis en quelques chiffres clés. Connaissance des Energies. 4 novembre 2020

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