Et après ?

Dans son rapport d’avril « accélérer la transition juste pour renforcer notre résilience aux risques sanitaires et climatiques », le Haut Conseil pour le Climat recommande d’orienter les investissements « vers l’innovation sociale comme technologique, l’efficacité énergétique, et les infrastructures résilientes favorisant les usages décarbonés et les solutions basées sur la santé des écosystèmes ». Il plaide également pour que « les secteurs structurants et porteurs des emplois de la transition à long terme » soient privilégiés. L’électricité est une solution incontournable pour contribuer à cette société neutre en carbone et plus résiliente que tout le monde semble appeler de ses vœux. Pouvant s’appuyer sur une filière française reconnue et pourvoyeuse d’emplois à tous les maillons de la chaîne, elle doit jouer un rôle majeur dans la stratégie de rebond économique qu’il nous faut collectivement dessiner.

Si l’objectif de long terme est déjà connu, celui d’arriver à la neutralité carbone en 2050, les moyens pour y arriver ne sont pour l’instant pas à la hauteur de l’enjeu. Le retard accumulé dans les politiques climatiques fait que la décennie qui s’ouvre sera décisive pour respecter ou non nos engagements. Et l’impulsion des 12 à 24 premiers mois, celle donnée par les plans de relance pour combler les effets de la crise économique due au coronavirus, sera elle-même décisive pour donner le cap de la décennie 2020.

De la cohérence avant toute chose

L’UFE proposera des mesures ciblées, des leviers économiques permettant en même temps de réduire rapidement les principales sources de gaz à effet de serre et de redynamiser des filières stratégiques générant de l’activité et de l’emploi pour l’ensemble de l’économie nationale et européenne. Mais bien sûr il faut rappeler que les leviers d’action contre les futures crises climatiques ne sont pas tous d’ordre économique : l’éducation à l’environnement, l’évolution de nos comportements individuels, et le bon usage de la contrainte réglementaire font pleinement partie de l’équation. Ainsi, les premiers actes forts de l’Etat et de l’Union Européenne doivent être de ne pas opérer de retour en arrière, de maintenir le cap affiché en matière de stratégie énergie et climat. Si certains textes réglementaires sont logiquement décalés pour tenir compte d’une concertation plus difficile en cette période, personne ne doit penser que cela constitue une opportunité de renégocier des arbitrages environnementaux.

L’importance d’un signal prix carbone clair et juste

Le premier axe des propositions de l’UFE concernera la vraie application du principe pollueur-payeur en matière climatique et le soutien au pouvoir d’achat et à la compétitivité économique de nos entreprises. Sans ces mesures macro-économiques transversales, sans un fort rééquilibrage entre un signal prix carbone qui doit augmenter et une taxation des solutions décarbonées qui doit baisser, toutes les mesures sectorielles que l’on peut imaginer n’auront que peu d’effet sur le climat. L’électricité est ainsi la plus taxée des énergies par rapport à son contenu carbone et plus taxée que les produits de luxe. Le montant de ces taxes prises d’un côté dépasse d’ailleurs ce qui est donné de l’autre, et uniquement aux plus modestes, par le chèque énergie, dont il faudrait revaloriser le montant. Dans le même temps, la chute des cours mondiaux des produits pétroliers doit nous faire craindre un contre-choc pétrolier qui serait aussi un contre-choc climatique. Le système européen des quotas carbone doit absolument se doter d’un prix plancher, suivant une trajectoire croissante connue de tous, afin de se prémunir de ce type d’effets et de donner de la visibilité suffisante à ceux qui doivent trancher entre des investissements carbonés ou décarbonés. Pour être efficace et soutenable, il doit également être couplé à un mécanisme d’inclusion carbone aux frontières de l’Union Européenne, pour en cesser avec ces fuites carbone que l’on oublie dans notre comptabilité climatique et qui vont pourtant en s’aggravant.

Accélérer la transition du bâtiment, de la mobilité et des industries vers les solutions bas carbone

« Quand le bâtiment va, tout va. » Le dicton est bien connu, traduisant l’indicateur qu’il constitue de la santé de notre économie. C’est aussi un émetteur majeur de gaz à effet de serre liés à la consommation d’énergie et donc une priorité d’action de toute stratégie de relance verte. L’UFE s’est déjà associée aux fédérations professionnelles du secteur de l’énergie et du bâtiment pour demander au Premier Ministre la création d’un fonds d’urgence aux entreprises de rénovation énergétique, dans le cadre des Certificats d’Economie d’Energie. Elle fera également d’autres propositions spécifiques à ce secteur, comme celle de s’appuyer fortement sur la filière française des pompes à chaleur, qui a déjà démontré sa capacité à monter en puissance et peut franchir un nouveau pallier dans le cadre d’une stratégie renforcée d’efficacité énergétique et climatique dans le bâtiment.

Concernant les transports, l’UFE propose que les soutiens à la filière automobile constituent une accélération de la bascule vers les ventes de véhicules propres. Plusieurs outils incitatifs peuvent être revus à la hausse, pour faciliter l’acquisition de véhicules électriques et l’installation de bornes de recharge, que ce soit pour des particuliers ou des flottes publiques ou privées. La mobilité durable ne se réduisant pas à des voitures plus propres, les futurs plans de relance doivent aussi être l’occasion de développer l’usage des transports en commun et du vélo, et de décarboner les consommations des navires à quai en les raccordant au réseau électrique.
Les industries consommatrices d’énergie devront de leur côté moderniser leur appareil productif pour rester compétitives, ce qui représente par la même occasion une opportunité de décarbonation qui doit être mise à profit. D’importants gisements existent, d’efficacité énergétique, de récupération de chaleur fatale, d’électrification des procédés ou d’usage d’hydrogène vert, qui peuvent être exploités par le déploiement d’aides ciblées à l’investissement.

Accélérer la transformation du système électrique

Le secteur électrique lui-même est soumis à de profondes transformations, en particulier avec l’installation et le raccordement de nouvelles productions renouvelables, et l’adaptation, le renouvellement, le développement des infrastructures indispensables au bon fonctionnement des réseaux électriques. Ces investissements génèrent d’importantes retombées économiques réparties sur tout le territoire, qu’il s’agisse d’activités liées à l’électricité, à la fourniture de matériel et d’équipements, aux chantiers de travaux publics, ou d’effets économiques induits dans l’ensemble de l’économie. Le système électrique prendra sa part à la volonté politique affichée de relance par l’investissement vert et proposera des leviers d’accélération de cette transition écologique, en concertation avec l’administration et le régulateur, et dans le cadre des programmations qui inscrivent ces objectifs dans une vision pluriannuelle. Enfin, cette transformation des activités est aussi pour le secteur une transformation des métiers, et la filière électrique proposera dans le cadre de l’Edec filière électrique des leviers pour préserver l’emploi et préparer les compétences de demain.

Si les appels semblent se multiplier pour que la relance, aussi bien au niveau national qu’européen, s’appuie sur les secteurs d’avenir, ceux porteurs des solutions d’une société neutre en carbone, c’est dans les actes que l’on pourra juger du sérieux de ces déclarations. Le risque est grand que les demi-mesures l’emportent, que les petits pas soient exagérés en bonds de géant, et que le monde retourne à son « business as usual », en décalage avec ce qu’il faudrait faire pour juguler la crise climatique. Beaucoup de propositions concrètes seront faites, par l’UFE et par d’autres, et certaines nécessiteront de l’audace et du courage politique pour être mises en œuvre. Mais ces solutions existent, elles nous tendent les bras.

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