Bilan prévisionnel de RTE : un outil indispensable pour objectiver les débats sur l’électricité

En vertu de ses missions confiées par la loi, RTE publie chaque année le bilan prévisionnel (BP) de l’équilibre entre l’offre et demande d’électricité. L’exercice 2017, dont la synthèse a été publiée le 7 novembre, dresse les perspectives de la sécurité d’approvisionnement sur une période couvrant à la fois le passage de l’hiver prochain et des horizons prospectifs 2025-2030-2035. Un exercice très attendu, qui fournit une base technique indispensable à la bonne tenue de l’exercice politique de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).

Certains commentateurs n’ont retenu qu’une seule chose de cette édition du BP : la démonstration de l’impossibilité de réduire la part du nucléaire à 50% de la production en 2025 sans renoncer aux ambitions climatiques de la France. L’exercice est en réalité beaucoup plus riche, mais il énonce en effet une vérité que beaucoup refusent de regarder en face : l’atteinte à tout prix de ce totem signifierait comme l’écrit RTE un « bouleversement du parc de production d’électricité », un report de l’objectif de fermeture des centrales au charbon, le doublement des capacités de centrales à gaz, et au final une très forte augmentation des émissions de CO2 du système électrique. Et ceci sans parler des conséquences économiques et sociales d’un tel scénario, qualifié de « brutal ».

Les faits sont têtus : 50% de nucléaire en 2025 est un objectif irréaliste

Il est donc plus que temps de sortir du blocage idéologique et d’entrer dans un débat qui s’appuie sur un principe de réalité. Concernant toutes les évolutions possibles du mix de production, qui ne peuvent pas être considérées isolément par filière mais doivent résulter d’une vision d’ensemble, l’UFE considère que les seules trajectoires acceptables sont celles qui garantissent la sécurité d’approvisionnement, s’inscrivent dans la lutte contre les changements climatiques, préservent l’avantage compétitif économique de l’électricité française et génèrent de l’activité et des emplois sur le territoire national.

Le développement des EnR doit s’accélérer

De plus en plus performantes, de moins en moins chères, les EnR sont logiquement amenées à jouer un rôle croissant, permettant la diversification du mix électrique. Dans chacun des scénarios 2035 examinés dans le BP, l’objectif de 40% de production d’origine renouvelable est atteint. Pour autant, RTE rappelle que « par rapport aux performances historiques du système français, ces trajectoires doivent être qualifiées d’ambitieuses ». En effet, le rythme actuel de raccordement de nouvelles installations renouvelables reste bien en-deçà des trajectoires volontaristes retenues par la dernière PPE. Il faut cesser d’y voir une soi-disant opposition entre énergies, car EnR et nucléaire sont en réalité des atouts complémentaires pour le système énergétique français, et travailler sur les vrais freins : mieux intégrer les projets dans leur environnement pour emporter l’appropriation et l’adhésion locale, simplifier les procédures administratives, accélérer le traitement des recours, arbitrer les conflits d’usage y compris interministériels.

La baisse de la consommation électrique : bon signe ou mauvais signe ?

Un autre message fort de ce BP est que, pour la première fois, toutes les tendances considérées par RTE dessinent dans un premier temps une baisse de la consommation d’électricité. Il serait tentant d’y lire le succès des politiques d’efficacité énergétique et de n’y voir que des conséquences positives, comme quand RTE écrit par exemple que « la diminution de la consommation d’électricité facilite la diversification du mix électrique ». Mais si on regarde au-delà de l’électricité, qui ne représente qu’un quart des consommations énergétiques françaises, on s’aperçoit que l’analyse doit être fortement nuancée. En effet, les consommations d’électricité sont certes maîtrisées, en énergie et en puissance, mais par ailleurs les consommations d’hydrocarbures, singulièrement dans le bâtiment et les transports, ne baissent pas voire augmentent, continuant à générer émissions de CO2 et important déficit commercial. Le seul moyen de respecter l’engagement du facteur 4, et à plus forte raison celui de la neutralité carbone, est de miser sur l’efficacité climatique, qui combine d’une part efficacité énergétique et économies d’énergie et d’autre part la substitution rapide des énergies fossiles par de l’électricité et de la chaleur renouvelable. De telles évolutions, plus volontaristes que la poursuite des tendances actuelles, pourraient conduire à une hausse vertueuse des consommations d’électricité.

Elaboré dans la concertation, le BP de RTE apporte à tous les acteurs intéressés des éclairages sur les paramètres-clés de la sécurité d’approvisionnement en électricité : évolutions des consommations, caractéristiques du mix de production, interdépendance avec les politiques énergétiques de nos pays voisins. Il soulève également des questions qui doivent encore faire l’objet d’approfondissements afin d’être mieux appréhendées quantitativement, comme par exemple le pilotage de la recharge d’un nombre important de véhicules électriques ou les conséquences de l’autoconsommation individuelle ou collective.
L’UFE souhaite que les débats sur l’électricité, souvent passionnés, évitent désormais de se perdre dans des options irréalistes et s’inscrivent dans une stratégie énergétique globale et pragmatique. La confusion, entretenue ou subie, entre les objectifs – lutter contre le changement climatique et construire un système énergétique sûr et compétitif – et les moyens – dont le nucléaire, les renouvelables et les usages de l’électricité – prend fin. Tirons-en résolument les implications pour cultiver les atouts d’une électricité produite sans carbone et capable d’économiser beaucoup d’hydrocarbures par sa consommation. Alors que la COP 23 vient de s’ouvrir à Bonn, nous réaffirmons que la France doit être à la hauteur de ses ambitions climatiques et que les options prises doivent intégrer pleinement toutes les dimensions économiques et sociales de notre futur énergétique.

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