Vague de rénovation : l’Europe sera-t-elle capable d’en faire un levier pour la neutralité carbone ?

Lors de son discours sur l’état de l’Union le 16 septembre dernier, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a désigné l’initiative « Vague de rénovation » comme une priorité de son mandat. Politique phare de l’Union européenne pour assurer la transition du secteur du bâtiment vers la neutralité carbone, cette stratégie fait partie intégrante du Green Deal européen et a été identifiée comme essentielle à la relance post-COVID 19 en Europe. Dévoilée le 14 octobre, la Vague de rénovation prévoit a minima de doubler le taux annuel de rénovation énergétique des bâtiments résidentiels et non-résidentiels d’ici 2030, afin de rénover 35 millions de bâtiments dans la prochaine décennie.

A l’instar des politiques de rénovation énergétique en France, la Commission européenne a élaboré une stratégie de réduction des consommations d’énergies dans le bâtiment (qui représente tout de même encore 36 % des émissions de gaz à effet de serre de l’UE en 2019) centrée sur le nombre de rénovations de bâtiments. Pourtant présentée comme un levier d’atteinte de la neutralité carbone, force est de constater que, comme en France, cette vague de rénovation impose finalement peu d’exigences en matière de décarbonation.

Pour surfer sur une vague verte, l’efficacité climatique doit accompagner l’efficacité énergétique

A l’heure de la révision des objectifs climatiques européens et alors que la Commission s’est prononcée pour une réduction des émissions de CO2 « d’au moins 55 % » à l’horizon 2030, l’UFE s’étonne que la Commission n’intègre pas la notion d’efficacité climatique. Si les objectifs d’efficacité énergétique sont évidemment nécessaires, ils ne sont toutefois pas suffisants pour réduire les émissions des bâtiments dans des proportions à la hauteur des enjeux climatiques.

C’est pourquoi, dans sa prise de position sur la Vague de rénovation, l’UFE formule des propositions pour décarboner efficacement et rapidement le parc immobilier européen. Elle propose notamment d’intégrer un volet climatique dans les diagnostics de performance énergétiques (DPE) et d’introduire un critère de réduction d‘émissions de CO2 dans les dispositifs de « certificats blancs ».

Comment réduire les obstacles à la rénovation énergétique ?

La problématique de la rénovation énergétique reste confrontée à des obstacles structurels. Il est essentiel que la Vague de rénovation s’attaque à l’amélioration de la qualité des travaux pour, d’une part, redonner la confiance à des ménages désabusés et, d’autre part, garantir que les actions de rénovation énergétique apportent les effets escomptés en matière de réduction des besoins énergétiques. Pour cela, le volet emplois et compétences, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, devra être anticipé, pour réussir l’ambition en nombre de rénovations, mais aussi pour orienter les fonds de la formation initiale et continue.

Au-delà de la problématique de la qualité des travaux, la Vague de Rénovation doit apporter une réponse aux problématiques relevant des barrières financières, en facilitant l’accès au financement, en particulier pour les ménages à faibles revenus et en améliorant la qualité des projets financés par les fonds européens. Il est également primordial d’offrir une place plus importante à des outils financiers, tels que les contrats de performance énergétique, qui ont comme critère central des objectifs de réduction des consommations énergétiques mesurées en économie réelle et non théorique.

Autre frein important à la rénovation, les citoyens doivent avoir accès à une information compréhensible et fiable de leur consommation. Cet aspect, identifié dans la stratégie du 14 octobre, pourrait être renforcé par l’introduction dans le DPE d’une référence à l’énergie finale, seule unité énergétique présente dans les factures d’énergie et compréhensible pour les ménages. La stratégie aurait également pu être plus ambitieuse sur les moyens permettant de mettre en place des solutions numériques contribuant à fournir des données sur la consommation d’énergie.

La transition énergétique entraine un renforcement des liens entre les secteurs et notamment entre les bâtiments et la mobilité. Afin de faciliter le déploiement de la mobilité électrique, les citoyens doivent avoir accès à des solutions de recharge à leur domicile et sur leur lieu de travail, qui concentrent à eux deux 90 % de la charge des véhicules électriques. Evoqué dans la stratégie du 14 octobre, l’accès à la recharge doit faire l’objet de propositions plus concrètes et l’UFE appelle ainsi à réduire les barrières à l’installation d’infrastructures de charge (IRVE) dans les bâtiments existants via le renforcement de l’obligation de pré-équipement dans les parkings.

Enfin, si la Commission veut vraiment se donner les moyens de rénover 35 millions de bâtiments en une décennie de manière efficiente, tant sur le plan énergétique que climatique, elle devra inclure une dimension industrielle plus forte et fournir des mesures climatiques plus concrètes. La Vague de rénovation devra s’accompagner rapidement de réformes législatives fortes pour éviter de finir en mer d’huile.

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