Filière électrique : combien d’emplois et quelles compétences pour réussir la transition énergétique et numérique ?

La filière électrique s’est investie, depuis 18 mois, dans une démarche prospective sur les emplois et besoins en compétences en lien avec la transition énergétique et numérique au travers d’un « EDEC filière électrique ». L’EDEC est une démarche collective sur un périmètre inédit, qui rassemble 8 organisations professionnelles représentatives de la filière (FFIE, FIEEC, GIMELEC, IGNES, Industries Méditerranée, SERCE, TSG et l’UFE) et 4 organisations syndicales sous l’égide du ministère du Travail, du Haut-Commissariat aux Compétences (HCC) et du ministère de la Transition écologique et solidaire. L’objectif est de donner aux jeunes en formation, aux salariés et aux organismes de formation de la visibilité sur nos besoins et adapter l’offre de formation initiale et continue.

A fin 2018, la filière électrique emploie 600 0000 salariés en France, répartis sur l’ensemble du territoire national

Sur la base des données des branches, des organisations professionnelles et de leurs adhérents, d’un comptage direct des emplois des entreprises considérées tout au long de la chaîne de valeur et d’une modélisation à partir de l’analyse des données statistiques publiques, l’étude a mis en évidence un total de 600 000 emplois dans la filière, répartis comme suit :

  • 300 000 emplois dans le système électrique, c’est-à-dire dans la production (thermique, nucléaire et renouvelables dont hydraulique), le transport, la distribution et la fourniture d’électricité ;
  • 222 000 emplois dans le bâtiment résidentiel, tertiaire et à usage transport (gares, aéroports…) ainsi que les data centers ;
  • 41 000 emplois dans l’industrie, c’est-à-dire au service des procédés industriels, des équipements et services d’efficacité énergétique et de sûreté / sécurité ;
  • 37 000 emplois dans les infrastructures pour les villes et la mobilité, comme dans les infrastructures de transport urbain, routier, autoroutier, ferroviaire ou encore aérien et maritime.

La filière électrique concentre 69% des emplois du secteur énergétique alors que la consommation d’électricité ne représente aujourd’hui que 25% de la consommation totale

Par ailleurs, la filière électrique se distingue par son très fort ancrage territorial et par son tissu dense de petites et moyennes entreprises sur le territoire. En effet, 40% des 30 000 entreprises de la filière sont des TPE-PME, et les deux- tiers des emplois de la filière concernent des activités aval, à savoir d’installation, de construction et d’opération-maintenance des équipements ou des installations électriques.

La mise en œuvre de la PPE créera plus de 200 000 emplois supplémentaires à horizon 2030.

Le volet prospectif de l’étude met en évidence un fort potentiel de création d’emplois au sein de la filière électrique à horizon 2030. Ce potentiel est notamment porté par la rénovation énergétique des bâtiments, qui pourrait créer jusqu’à 80 000 emplois sur le territoire national, ainsi que par les infrastructures des villes et de mobilité avec un potentiel de 46 000 emplois.
Au sein du système électrique, le développement des énergies renouvelables électriques pourrait générer au moins 34 000 emplois à condition que les objectifs soient tenus. Par ailleurs, les réseaux et la fourniture de l’électricité pourraient créer 9 000 emplois supplémentaires. Enfin, il s’agira d’accompagner et de sécuriser la reconversion de 7000 emplois issus du nucléaire et du thermique dans les territoires.

La filière électrique est créatrice de nombreux emplois qualifiés et pérennes qu’elle peine à pourvoir : 30% des emplois de la filière sont aujourd’hui en tension !

L’étude qualitative a porté sur le recensement de plus de 100 métiers de la filière électrique et a permis d’identifier 23 métiers « en tension », au regard des objectifs de la PPE et plus généralement des besoins de la transition énergétique et numérique. Cette tension s’exprime, selon les métiers, par une forte augmentation du volume d’emplois à pourvoir, par une difficulté particulière des entreprises à pourvoir ces postes ou par un haut degré de transformation du métier, en matière de compétences et de formations requises.

Parmi ces 23 métiers, 11 métiers typiques des enjeux de la filière (comme par exemple : techniciens de maintenance, soudeurs, installateurs de panneaux photovoltaïques, ou encore électriciens intégrateurs ou data analysts…) ont fait l’objet d’une analyse approfondie, sur les facteurs de tension, les évolutions, les domaines de compétences, les formations (initiales et continues) et les passerelles associées.

L’étude a fait émerger des préconisations pour répondre aux enjeux de la filière, en termes de création d’emplois et de compétences sur ces métiers critiques d’ici 2030.

  • L’offre de formation professionnelle continue doit être adaptée à l’évolution des emplois et des compétences et correspondre à ses besoins actuels et futurs. Mutualiser et optimiser les formations existantes sur les compétences électriques fondamentales, coconstruire avec les organismes de formation des modules courts et opérationnels sur les nouvelles thématiques, poursuivre et amplifier le recours à l’alternance, « voie d’excellence » pour allier théorie et pratique, accroître la visibilité de l’offre pour les PME-TPE, notamment à travers la création de plateformes digitales des formations de la filière, sont quelques-unes des recommandations formulées.
  • La filière électrique fait face à des enjeux nationaux communs, mais aussi à des défis spécifiques à chaque territoire. Les actions de développement de l’emploi doivent donc s’adapter à la diversité et aux profils des bassins d’emplois et être déclinées à la maille régionale. C’est pourquoi la méthodologie déclinée au niveau national est mise à disposition des régions pour anticiper leurs besoins en emplois et compétences, développer les partenariats avec les institutionnels territoriaux de l’emploi et créer des parcours d’accompagnement et reconversions vers les métiers en tension. Trois régions (PACA, Haut de France et Bretagne) ont été partie prenante de la démarche. Des plans d’actions traduiront de façon opérationnelle les préconisations de l’EDEC, en associant les acteurs impliqués, les pouvoirs publics, les branches professionnelles et les acteurs de l’emploi et de la formation dans les territoires.

La question des emplois et des compétences est cruciale pour accompagner la filière dans les transformations liées à la transition énergétique, la transformation numérique et dans la réussite du plan « France Relance » présenté le 3 septembre dernier par le gouvernement.

Nous nous réjouissons de pouvoir aborder dans la coopération les enjeux transversaux de la transition énergétique et numérique, avec une vision d’ensemble des différents segments de la filière électrique, en France et en Europe.

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