Brexit sans accord : quels enjeux pour le secteur de l’électricité ?

Lors du Conseil Européen de jeudi dernier, la Première Ministre Theresa May s’est vue offrir par les 27 autres Etats Membres la possibilité de repousser la date du Brexit, jusqu’au 12 avril uniquement, le temps pour le Parlement Britannique de voter une troisième fois sur le projet d’accord. Si l’accord était approuvé, le Brexit pourrait alors avoir lieu d’ici au 22 mai. Dans le cas contraire, les chances de voir une sortie du Royaume-Uni sans accord avec l’Union européenne demeurent. Face à cette incertitude, l’Europe et la France se préparent depuis plusieurs mois à un tel scénario, afin de limiter autant que possible l’impact d’une sortie désordonnée des Britanniques pour les entreprises et citoyens européens. L’UFE fait le point sur l’état des discussions à Bruxelles et revient sur les enjeux d’un éventuel « No Deal » pour le secteur électrique.

Malgré la conclusion d’un accord de sortie en novembre dernier entre le Royaume-Uni et l’UE, la Première Ministre n’a jusqu’à présent pas obtenu le soutien des députés britanniques et, après deux rejets du texte par le Parlement britannique, l’issue du troisième vote semble plus que jamais incertaine.

La lumière ne s’éteindra pas !

En sortant sans accord, le Royaume-Uni n’aurait plus accès au marché intérieur de l’électricité : la réglementation européenne de couplage des marchés, visant à faciliter les échanges d’électricité sur les marchés de court et long-terme, cessera de s’appliquer. Pour autant, l’électricité continuera de circuler entre la Grande-Bretagne à la France ! Plusieurs mesures ont en effet été mises en œuvre pour limiter les risques en matière de sécurité d’approvisionnement et maintenir les échanges d’électricité. Les 14 et 16 mars dernier, la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) a notamment validé le retour, le cas échéant, à des enchères explicites pour l’attribution des capacités d’interconnexion avec le Royaume-Uni.

Si les conditions d’exploitation des interconnexions existantes sont clarifiées, il n’en demeure pas moins des incertitudes sur les investissements futurs. Ainsi, la CRE avait décidé dès novembre 2017 de geler notamment l’examen du projet d’interconnexion sous-marine entre la France et l’Angleterre IFA 2, dans l’attente de la fin des négociations sur le Brexit. Dans un réseau européen interconnecté, ce contexte incertain a également des répercussions sur les pays voisins, en particulier sur les interconnexions entre la France et l’Irlande : à cet égard, l’UFE a récemment soutenu l’approche proposée par la CRE sur le projet Celtic Interconnector, afin de limiter les risques de surcoûts pesant sur les consommateurs français.

Quels impacts sur le climat et l’environnement ?

D’un point de vue purement technique, en termes d’objectifs de réduction des gaz à effet de serre, d’efficacité énergétique et de développement des EnR, le Brexit n’aura pas de conséquences directes sur les engagements énergétiques et climatiques de l’UE : fin janvier 2019, les institutions européennes ont en effet révisé l’objectif de 32,5% d’efficacité énergétique en 2030 défini dans le paquet « Une Energie propre pour tous les Européens », afin de l’adapter à une Europe à 27. Le Brexit est en revanche source d’inquiétudes renouvelées pour le marché européen du carbone, dont la réforme de 2017 commençait pourtant à produire des effets.

In fine, c’est bien sur le plan politique que l’impact du Brexit sur l’ambition climatique européenne sera le plus fort. Dans un contexte où l’UE devra définir en 2019 ses engagements climatiques à long-terme, on peut déplorer le départ d’un pays influent dans les négociations au sein du Conseil et engagé sur le plan climatique, qui a par exemple mis en place un prix plancher du carbone pour décarboner son mix électrique.

Il faut désormais sortir de l’incertitude sur le cadre de relations futures, afin de donner de la visibilité à l’ensemble des parties prenantes. Le système électrique européen jouera un rôle crucial dans une Europe de moins en moins carbonée et de plus en plus renouvelable. La transition écologique nécessitera dans tous les cas des investissements importants, bénéfiques pour l’environnement et pour la création de richesses en Europe, avec en particulier un renforcement des interconnexions entre pays voisins, qu’ils soient ou non membres de l’Union Européenne. Trois ans après le vote du Brexit, le secteur électrique est préparé à ses conséquences, et il est temps désormais de se tourner vers l’avenir.

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