Présidentielles 2017 : qui propose quoi, aujourd’hui, pour l’énergie ?

Avec la fin de la Primaire de la Gauche qui s’est achevée hier soir avec la victoire de Benoît Hamon, c’est désormais la course ultime à la Présidence de la République qui se lance, durant laquelle chacun des principaux candidats en lice va chercher à convaincre le plus grand nombre d’électeurs potentiels. Entre grandes déclarations, livres, discours et autres programmes, où se situe leur curseur sur les questions liées à l’énergie et l’environnement ? Quelle vision stratégique proposent-ils en matière de politique énergétique pour la France mais aussi au sein de l’Europe ? Petit passage en revue des positionnements, à date, de plusieurs candidats…

Un an après la COP21 et à l’issue d’un quinquennat marqué par la Loi de Transition énergétique pour la croissance verte et une Programmation pluriannuelle de l’énergie, il apparaît assez clairement que les principaux candidats à la Présidentielle ont intégré ces « marqueurs » environnementaux et énergétiques en inscrivant leur programme ou déclarations publiques dans le cadre du respect de l’objectif « deux degrés ». Mais si, désormais, nul ne remet en cause ces textes, la vision que chacun a de leur mise en œuvre diffère quelque peu. Globalement, les candidats restent au niveau de déclarations assez générales, et ne s’aventurent pas dans des feuilles de route trop détaillées. Pour autant, se dessinent d’ores et déjà les positionnements des uns et des autres autour de quelques axes-clés : la lutte contre le changement climatique, le mix de production électrique, l’indépendance énergétique du pays ou bien encore l’Europe de l’énergie.

Plus d’efficacité énergétique, moins de CO2 : tous d’accord !

Ainsi, sur le volet « climat », c’est bien la réduction des émissions de carbone qui est au cœur de l’approche de candidats aussi différents que François Fillon, Benoit Hamon, Yannick Jadot, Emmanuel Macron, Marine Le Pen ou encore Jean-Luc Mélenchon. Pour François Fillon comme pour Emmanuel Macron, il faut « décarboner » l’économie en ciblant les efforts sur les secteurs les plus émetteurs que sont le transport et le bâtiment. Si le premier plaide d’abord pour un basculement énergétique du charbon et du pétrole vers les énergies non carbonées, en particulier l’électricité, en favorisant notamment, à tous les niveaux, la mobilité décarbonée et le développement de filières d’excellence dans l’efficacité énergétique et les smart grids, le second estime que la rénovation thermique des bâtiments doit être accélérée et qu’il faut revoir à la hausse les engagements pris au titre de la COP21 qui ne permettent pas, selon lui, de mettre la France sur une trajectoire compatible avec l’objectif de deux degrés. Benoît Hamon parle aussi de développer le véhicule électrique en supprimant l’avantage fiscal au diesel, les subventions aux énergies fossiles et plaide pour un vaste plan de rénovation énergétique accompagné d’un « bouclier énergétique » pour les plus démunis. Marine Le Pen, elle, considère que la mobilité décarbonée repose sur le véhicule à hydrogène produit par le nucléaire et non par les énergies renouvelables. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il insiste sur le bilan socio-économique en évoquant la création de 900 000 emplois par la transition énergétique.

Divergences sur le mix de production

Alors que la LTECV fixe un objectif de réduction à 50% de la part du nucléaire dans le mix électrique français à horizon 2025, le débat politique révèle des postures plus clivées sur la place du nucléaire et des ENR dans la production électrique. Pour François Fillon, la priorité immédiate étant la suppression des fossiles pour réduire l’empreinte carbone du pays, le parc nucléaire demeure un atout climatique, industriel et de compétitivité et, à ce titre, doit décroître « naturellement », par le jeu du marché, sans l’opposer aux ENR qui contribuent à la diversité du mix et, couplées au nucléaire, contribuent à l’indépendance énergétique de la France. Emmanuel Macron souhaite diminuer la dépendance au nucléaire, même s’il note la difficulté de tenir l’objectif fixé par la LTECV, en diversifiant notre mix énergétique, les ENR étant là aussi jugées complémentaires du nucléaire. Benoît Hamon veut, pour sa part, atteindre l’objectif de 50% d’ENR dès 2025, déclarant qu’à production égale, les ENR génèrent 6 fois plus d’emplois que le nucléaire. Nettement plus radical, le candidat Mélenchon milite pour une sortie du nucléaire avec le remplacement de une à deux centrales par an par des ENR. En cela, il rejoint presque le candidat écologiste Yannick Jadot qui veut une sortie définitive de l’atome d’ici 2035 pour basculer vers un parc 100% ENR, avec arrêt des premiers réacteurs dès cette année. Enfin, Marine Le Pen déclarait en décembre dernier qu’« abandonner le nucléaire aujourd’hui serait se tirer un balle dans le pied vu les services que cette source d’énergie nous rend », mais considère « souhaitable de diversifier nos sources d’énergie ».
Reste qu’en réalité, les évolutions qui s’opèrent d’ores et déjà en matière énergétique dépassent largement le seul mix de production électrique. D’où l’importance de rappeler combien est stratégique d’aborder ces mutations dans une approche globale. En effet, c’est l’ensemble des composantes du système électrique et énergétique qui va muter, qu’il s’agisse du parc de production, des réseaux, des services à l’énergie… Face aux transformations numériques à venir et à l’évolution des métiers, la filière électrique est bien au cœur des transformations sociétale, économique et technologique que traverse notre pays. C’est pourquoi, au-delà d’être un sujet technico-économique, elle est d’abord un enjeu de société.

Et peu d’Europe dans tout ça !

L’Europe reste un sujet visiblement « délicat » à aborder pour la plupart des candidats, probablement conscients de l’effet « Brexit » sur les citoyens et donc sur leurs électeurs potentiels. Pour François Fillon, la croissance passera aussi par une politique européenne de l’énergie afin de coordonner les objectifs des Etats membres et de mutualiser notamment les efforts industriels, scientifiques et technologiques. Il milite pour un prix plancher européen du carbone élevé et pour faire reconnaître au sein de l’UE la performance énergétique et climatique de la France. Pour Emmanuel Macron, il faut se doter au niveau européen d’une fiscalité environnementale qui permettrait de valoriser les comportements vertueux et d’alléger la fiscalité du travail. Quant à Benoît Hamon, il souhaite planifier les projets de transition énergétique à l’échelle de l’Europe, avec la France en leader, et obtenir que les investissements dédiés à la transition énergétique ne soient pas comptabilisés dans le critère de 3% relatif au déficit public.
Mais ce qui ressort de l’ensemble des déclarations et programmes de tous les candidats à la Présidentielle est qu’aucun n’a pris la mesure – pour ne pas dire qu’il l’ignore – de l’impact que va jouer dans quelques mois le vote du Parlement Européen sur le Clean Energy Package que vient de publier la Commission Européenne. Cette dimension extrêmement structurante pour l’avenir du marché de l’électricité, pour les filières industrielles de production comme pour celles de l’efficacité énergétique ou de nouvelles activités comme les effacements n’est visiblement pas dans le « scope » de nos candidats alors même que le futur Président de la République aura à gérer la transposition de toutes ces nouvelles règles décisives au cours de son mandat.

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