L’inquiétante dérive des prix de l’électricité en Europe

Comme chaque année, Eurelectric vient de publier son analyse sur les facteurs expliquant l’évolution des prix de l’électricité pour les clients finals, sous le titre « Making sense of your electricity bill ». L’analyse, qui porte sur l’année 2014, confirme clairement les tendances déjà constatées en 2013 : les récentes hausses de ces prix sont liées à l’accroissement des postes « taxes « et « subventions »….

Le prix moyen complet de l’électricité payé par les ménages européens est passé de 178 € / MWh en 2008 à 205 € en 2014*, soit une hausse de 15 %. Mais à observer de plus près en quoi se décomposent ces 15% de hausse, on s’aperçoit qu’en réalité, la part « énergie » stricto sensu (production, commercialisation et services de l’électricité), elle, diminue de 7 %, compte tenu de l’importante baisse des prix de gros sur la période.

A contrario, la part liée au « transport » et à la « distribution » évolue de 46 à 54 €, une hausse de 18 %, compte tenu des efforts de maintenance, mais aussi des investissements nécessaires pour adapter les réseaux à l’accroissement des productions décentralisées.

Mais c’est surtout la part liée aux « subventions » et aux « taxes » qui a progressé de façon spectaculaire de 51 à 75 € / MWh, soit une hausse de 47 %. Ainsi, ce poste se situe désormais au même niveau que celui de l’énergie : sur 75 €, 41 sont des taxes (TVA, accises..) et 34 des subventions (soutien aux EnR, précarité énergétique…)
De ce fait, la structure relative des coûts a subi une profonde modification en l’espace de 6 années, comme le montre le graphique ci-dessous

La part de l’énergie est passée de 45 % du prix final à 37 %, tandis que le poste « taxes / subventions » faisait le mouvement inverse, de 29 à 37 %. Le poste « Acheminement » transport est, quant à lui, resté stable à 26 %.

De grandes disparités à travers l’UE

Ce résultat global recouvre, en fait, de profondes disparités en fonction de la situation industrielle et des politiques énergétiques suivies par les Etats.
Ainsi, la part « taxes » et « subventions » est particulièrement élevée au Danemark (66 %) et en Allemagne (52 %). A l’inverse, des pays où les prix de gros sont élevés gardent une part énergie plus classique comme au UK (62 %) ou en Italie (43%). La France, à la croisée des chemins, a une part « énergie » de 37 % contre 31 % pour les « taxes ».
En synthèse, Eurelectric souligne le paradoxe de cette situation. En effet, la Commission souhaite que la concurrence s’exprime dans les offres d’électricité alors même que la part « énergie » ne représente plus aujourd’hui qu’un tiers de la facture globale. Plus encore, la Commission veut responsabiliser les clients pour qu’ils contrôlent de façon de plus en plus proactive leur consommation, ce qui nécessite, pour ces derniers, l’accès à des signaux de prix cohérents c’est-à-dire les incitant à modifier leurs comportements en matière d’utilisation d’énergies très émettrices de gaz à effet de serre. Or, c’est précisément l’inverse qui se produit. Non seulement les consommateurs Européens ne bénéficient pas de la baisse des prix de gros de l’électricité, mais le poids de plus en plus élevé des taxes et des subventions dans leur facture finale risque, à terme, de les décourager de recourir, pour leurs usages en matière de chauffage ou de transport, à de l’électricité non carbonée telle que les renouvelables électriques en substitution des énergies les plus émettrices de CO2 comme le charbon et le pétrole …
*toutes les valeurs sont exprimées en euros 2014.

1. Voir info@eurelectric.org : Making sense of your electricity bill. 11/03/2016

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