Coopérer pour réussir : un colloque UFE au cœur de l’actualité

L’actualité de l’énergie est particulièrement riche en cette fin d’année : annonces d’Emmanuel Macron sur la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) et la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), stratégie européenne de long terme « une planète propre pour tous » dévoilée en amont de la COP24, et mouvements de contestation autour de la hausse de la fiscalité écologique et des prix de l’électricité. Le colloque de l’UFE tombait particulièrement à pic pour illustrer comment la coopération et les partenariats doivent permettre de résoudre l’équation entre climat, sécurité d’approvisionnement, pouvoir d’achat et emplois.
Retour sur les temps forts de cette journée

En ouverture du colloque, Christine Goubet-Milhaud a estimé que toutes ces thématiques, qui dépassaient le cadre de l’énergie et nous renvoyaient à de véritables choix de société, étaient l’illustration d’un « besoin de transversalité et de coopération ». Elle a mis en avant le rôle de l’UFE pour être force de proposition dans ces débats, en particulier sur l’accompagnement de la dimension socio-économique de la transition énergétique, annonçant notamment la signature d’un contrat d’étude prospective pour évaluer les besoins en emplois et compétences nécessaires à la transition écologique et numérique. Cette démarche, d’une durée à venir de 18 mois, résulte d’une mobilisation commune de sept fédérations professionnelles de la filière électrique : la FFIE, la FIEEC, le Gimélec, IGNES, le SERCE, Think Smart Grids, et donc l’UFE.

La nécessaire coopération au niveau européen

La présidente de l’UFE a également mis l’accent sur la dimension européenne des enjeux énergétiques et le besoin d’une coopération plus large, « déjà une réalité dans le monde de l’électricité ». Le colloque commençait d’ailleurs sous le signe de l’Europe, avec comme première intervention celle d’Enrico Letta. Le président de l’institut Jacques Delors, ancien Président du Conseil Italien, a souligné le contexte particulier de l’année 2019 pour une Union Européenne à 27 membres. Avec tous les « visages » de l’Europe qui changeront la même année, et un Parlement qui devra certainement travailler à une coalition plus large que les deux partis qui en détenaient la majorité depuis 25 ans, Enrico Letta a estimé que le scrutin européen serait moins dominé par les enjeux nationaux et « parlerait d’Europe pour la première fois ». Il a conclu en appelant à un « pacte social », plaçant le social au centre des politiques énergétiques, qu’il s’agisse d’accompagnement des travailleurs, de précarité énergétique, d’harmonisation des fiscalités ou du défi de la diplomatie énergétique.
En introduction de la table ronde qui suivait, François Brottes, président de RTE, a appelé le secteur de l’électricité à « faire plus de politique », car il estime ce secteur « exemplaire en termes de fraternité ». Prenant l’exemple des réseaux électriques, dont le rôle est essentiel pour assurer la sécurité d’approvisionnement sur le continent, il a rappelé que les règles communes comme celles des codes réseaux créaient un « langage européen » qui devait être mieux mis en avant.
Besoin de cohérence entre le cadre de marché et les politiques publiques, comment relancer la machine européenne, revivez en vidéo la table ronde animée par Fabien Roques, avec Anna Jarosz-Friis, DG Concurrence, Fabien Choné, Direct Energie, Sandra Lagumina, Meridiam, Michael Wünnerlich, BDEW, et Jonas Tornquist, Epex-Spot.

La transformation numérique des entreprises et les attentes des consommateurs

Présentant les résultats d’une enquête menée par Wavestone pour le colloque de l’UFE, Clément Le Roy a montré comment les attentes des consommateurs évoluaient avec les possibilités du numérique et aussi les nouveaux usages de l’électricité. Ainsi, les consommateurs sont conscients des transformations et ont une vision positive de l’innovation dans le secteur de l’électricité. Ils sont exigeants en termes de qualité de service et de conseils que peuvent prodiguer les fournisseurs. Le domaine de la mobilité a le vent en poupe, puisque 72% des personnes interrogées souhaitent que leur fournisseur d’électricité leur ouvre l’accès à un large réseau de bornes de recharge pour véhicules électriques et 63% attendent de leur fournisseur d’électricité des conseils pour réaliser une transition du thermique vers l’électrique.
Emmanuel Viale, directeur de l’Accenture Lab, a ensuite introduit la table ronde « grand angle »sur les enjeux du numérique en indiquant que les grandes tendances de l’entreprise X.0 seraient l’Intelligence Artificielle citoyenne, la réalité amplifiée, la data infaillible, l’IT sans coupure et l’internet de la pensée.
Dans un « keynote » très libre et vivant, Rand Hindi, data scientist et CEO de Snips, a brillamment présenté ses réflexions sur les promesses mais aussi les limites de l’Intelligence Artificielle. Il a estimé que là aussi la prise en compte de l’humain et la coopération serait de mise, entre l’homme et la machine, pour tirer le meilleur parti des progrès accomplis.

La PPE reconnaît le rôle positif à jouer par l’électricité

Le Ministre d’Etat François de Rugy est intervenu en début d’après-midi et a précisé que les scénarios du gouvernement prévoyaient à l’horizon de la PPE une consommation d’électricité « relativement stable », où l’efficacité énergétique et le remplacement de consommations d’énergies fossiles par de l’électricité se compenseraient. Le Ministre a en effet souligné que la priorité pour le climat était de réduire les usages carbonés dans le chauffage des logements, dans les transports, et dans l’utilisation de l’énergie par les entreprises. Pour l’électricité, dont il a rappelé le caractère décarboné, la « transformation » plutôt que la « transition » consistera à fermer les dernières centrales charbon d’ici 2022, à multiplier par 3 la production éolienne et par 5 la production solaire pour que les EnR représentent 40% du mix en 2030, en s’appuyant principalement sur les plus compétitives d’entre elles. Quant aux fermetures de centrales nucléaires, elles ne devront pas remettre en cause la sécurité d’approvisionnement, qui est un impératif.
François de Rugy a également indiqué que dans le débat qui a lieu sur les prix de l’énergie, il avait été alerté par des représentants des gilets jaunes sur la hausse à venir des prix de l’électricité. Dans le débat qui a lieu sur les prix de l’énergie, il a rappelé la volonté du gouvernement d’envoyer des « signaux prix cohérents pour les consommateurs » et lisibles dans la durée. Il a donc plaidé pour le maintien de la trajectoire du prix du CO2 et du rattrapage entre essence et diesel, citant l’arrêt de cette convergence en 2000 comme l’exemple d’un signal politique contradictoire qui suscite des difficultés des années plus tard. Concernant les prix de l’électricité, il a indiqué qu’il serait attentif aux calculs de la CRE et qu’il souhaitait une évolution « modérée ».
Dimension essentielle de la transition énergétique et conséquence des arbitrages politiques, la question des emplois et des compétences a ensuite été débattue entre Marie-Anne Barbat-Layani, DG de la Fédération Bancaire Française, et Arnaud Leroy, PDG de l’ADEME.

Mobilité et bâtiment, deux secteurs incontournables de la politique énergétique et climatique

Ouverte par Philippe Monloubou, président d’Enedis, qui a jugé que l’UFE était un lieu d’excellence approfondir les coopérations notamment avec la filière automobile sur le véhicule électrique, la table ronde suivante a porté un constat unanime sur l’électromobilité : la question n’est pas de savoir si elle va se développer mais quand. L’objectif affiché plus tôt par le Ministre, de 4,8 millions de véhicules électriques en circulation en 2028, fixe le cadre. Tout le monde doit désormais agir ensemble pour le rendre réalité.
Retrouvez en vidéo la table ronde électromobilité avec Philippe Monloubou, Juliette Antoine-Simon, Izivia, Christophe Bechu, maire d’Angers, Michael Bucher, EnBW, Christian Peugeot, CCFA, et Scheherazade Zekri, Keolis.

Olivier David, chef du service climat de la DGEC, a fait le point sur le dispositif des Certificats d’Economie d’Energie (CEE), au cœur de questionnements intenses sur son efficacité et son coût pour les consommateurs. Il a porté clairement le message que l’administration avait entendu les alertes des professionnels et souligné que de nombreuses réflexions sur l’amélioration des CEE étaient désormais ouvertes et traitées dans différents groupes de travail. Ainsi des concertations ont commencé sur l’évolution du dispositif « coup de pouce » pour 2019, sur l’élargissement des CEE aux sites industriels soumis aux quotas de carbone de l’EU-ETS, ou sur les futurs programmes et nouvelles fiches d’opérations standard. Demande récurrente des acteurs portée par l’UFE, l’indice spot des prix des certificats devrait enfin être mis en place dans les prochains jours.
CEE, simplification des dispositifs pour les consommateurs, prise en compte du carbone dans les politiques publiques du bâtiment, besoins de coopération pour massifier les actions, retrouvez en vidéo l’intervention d’Olivier David et le débat entre Florence Fouquet, Engie, Dominique Desmoulins, Promotelec, Marjolaine Meynier-Millefert, députée, Raphaël Meyer, Lancey Energy Storage, et Pierre Leroy, EP.

En point d’orgue, quatre dirigeants des grandes entreprises françaises de l’énergie à la même table

En conclusion du colloque, Christel Heydemann, Schneider France, Isabelle Kocher, Engie, Jean-Bernard Lévy, EDF, et Patrick Pouyanné, Total, revenaient sur l’ensemble des thèmes abordés au cours de la journée et témoignaient de l’engagement des entreprises françaises. Premier constat : chacun a mis l’accent sur l’efficacité énergétique comme levier pour répondre au double enjeu du climat et des factures des français. Sur ce sujet comme sur celui du développement des EnR, Christel Heydemann s’est félicitée de l’unanimité affichée, signe d’opportunités économiques. Isabelle Kocher a soutenu la hausse pluriannuelle de fiscalité carbone, estimant qu’il fallait surtout agir sur les quantités consommées pour baisser la facture énergétique. Patrick Pouyanné a regretté qu’en termes d’efficacité énergétique, déjà affichée comme prioritaire lors du Grenelle de l’Environnement, il ne se soit en réalité « pas passé grand-chose » depuis. Pour Jean-Bernard Lévy, une des causes de ce retard réside dans le « maquis administratif » qu’il a appelé à simplifier.
Les quatre dirigeants ont également regretté le poids insuffisant donné au développement industriel dans les politiques énergétiques françaises et européennes. Ils ont fait état des travaux engagés au sein en particulier du Conseil National de l’Industrie (CNI) pour faire émerger une véritable filière de l’énergie en France, dont l’excellence technique est reconnue à l’international.

Au cours d’une journée riche en échanges, le thème de la coopération est apparu comme une condition sine qua non pour relever, en France et en Europe, le défi de la transition énergétique, climatique et numérique. Pour chaque question que cette transition soulève, qu’il s’agisse des emplois ou du pouvoir d’achat-, pour chaque levier de décarbonations, rénover, isoler, covoiturer, remplacer les énergies fossiles par des énergies propres-, les solutions à trouver sont collectives. L’électricité démontre sa capacité à regrouper des acteurs très divers autour d’un enjeu commun conciliant l’environnement, la santé publique, et la croissance économique.

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