2019 : un tournant pour l’énergie ?

Suite à des mobilisations d’une très grande ampleur d’une part, pour exprimer une colère concernant le pouvoir d’achat, d’autre part, pour dénoncer une « inaction climatique » de l’Etat, la France va vivre en 2019 une année charnière sur les thématiques énergétiques.

Beaucoup ont relevé une forme de contradiction entre les enjeux de long terme pour « la fin du monde » et ceux de court terme pour « la fin du mois ». En particulier, l’enjeu climatique nécessite une augmentation du signal prix carbone qui peut sembler au premier abord incompatible avec la préservation du pouvoir d’achat. Pour l’UFE, la question ne se pose pas tout à fait en ces termes car, en réalité, la lutte contre le changement climatique ne sera effective qu’à la condition qu’elle soit en même temps positive pour le pouvoir d’achat, et il existe des solutions pour concilier ces deux impératifs.
Par ailleurs, un nécessaire temps d’adaptation doit être préservé afin de tenir compte de l’évolution des comportements et de répondre aux préoccupations concrètes des français : se loger, se chauffer, se déplacer…

Augmenter le prix du carbone, oui, mais restituer les montants correspondants aux consommateurs

Tout d’abord, il ne faut pas renoncer au principe d’une hausse progressive et prévisible du prix du carbone, pour tous les secteurs émetteurs de gaz à effet de serre, car elle est vertueuse sur le plan économique. Les débats ouverts en ce début d’année permettront de rediscuter le cas échéant du rythme de cette trajectoire, mais l’abandonner complètement reviendrait purement et simplement à nier le risque climatique dont les aléas de plus en plus répétés et violents sont là pour nous rappeler qu’il nous faut gérer collectivement cet enjeu ; ce serait aussi renier l’Accord de Paris de 2015 et le fondement même du Plan Climat présenté par Nicolas Hulot en 2017.
Mais, pour ne pas pénaliser les consommateurs, il faut inscrire ce mouvement dans celui plus général d’un verdissement à iso-fiscalité, voire à baisse de fiscalité, de nos prélèvements obligatoires. Et il faut pour cela des engagements concrets et chiffrés démontrant les baisses qui sont consenties en regard de l’augmentation de la fiscalité carbone. De nombreuses pistes existent car le sujet de la fiscalité est complexe et à multiples facettes. Ainsi, une part significative des ressources budgétaires des collectivités locales est aujourd’hui assise sur la consommation d’énergies fossiles sur leur territoire, ce qui paradoxalement pénalise celles qui s’engagent pleinement dans la baisse de ces consommations.

Limiter les émissions de carbone et les factures par l’efficacité énergétique

D’autre part, l’augmentation de la taxation carbone ne pourra produire ses effets que si l’ensemble des politiques publiques est aligné en faveur de la transition énergétique et climatique : politique de fiscalité, soutiens financiers, règlementation… Le soutien à l’efficacité énergétique en particulier est non seulement vertueux pour le climat mais aussi bénéfique sur les factures. Mais il y a deux pièges à éviter, sur lesquels l’UFE alerte les pouvoirs publics depuis longtemps. Tout d’abord celui que le coût des politiques de soutien à l’efficacité énergétique, lui-même supporté par les consommateurs, soit disproportionné par rapport aux économies générées ou aggrave des inégalités. C’est ainsi que les objectifs des certificats d’économie d’énergie (CEE) ont été exagérément augmentés et pèsent fortement sur le pouvoir d’achat. Ils devraient être étalés sur une plus grande période et être mieux valorisés lorsqu’ils accompagnent les ménages les plus modestes, qui y ont moins recours alors qu’ils en supportent, comme les autres, le poids dans les prix de l’énergie. Deuxième piège, celui d’encourager financièrement, via des politiques de soutien à l’efficacité énergétique, des solutions technologiques incompatibles avec l’objectif de neutralité carbone et qui sont soumises à ce titre à la hausse de fiscalité carbone.

Accompagner les transformations socio-économiques

Enfin, un facteur-clé du succès de la transition énergétique est d’entrer dans le concret des transformations socio-économiques que notre pays va connaître à court terme. Les opportunités de « croissance verte » sont réelles pour le pays, mais un bilan globalement positif en emplois ne doit pas masquer que certaines filières et certains territoires perdront des emplois avec la transition énergétique. Il est crucial de bien cartographier ces enjeux et d’analyser les dynamiques de baisse et de création d’emplois dans les différents métiers, d’identifier les passerelles et les accompagnements de parcours professionnels qui sont à développer. C’est un chantier immense et trop souvent repoussé, auquel l’UFE et six autres fédérations de la filière électrique apporteront leur pierre en 2019 avec une étude prospective réalisée avec le soutien des ministères du Travail et de l’Ecologie. Cela constituera également une contribution à l’émergence d’une politique industrielle des nouveaux systèmes énergétiques, portée par le Conseil National de l’Industrie, pour encourager la création d’emplois dans nos territoires et valoriser le savoir-faire français à l’exportation.

Pouvoir d’achat, économies d’énergie, emplois, autant de questions essentielles à débattre cette année pour trouver le chemin d’un consensus conciliant les intérêts quotidiens et l’état de la planète que nous laisserons à nos enfants et petits-enfants. Et ne nous y trompons pas : ce n’est pas que l’affaire de l’Etat. C’est en tant que société que nous devons collectivement faire des choix, dans nos décisions individuelles, dans nos entreprises, à l’échelon local en intégrant la diversité des solutions décarbonées adaptées aux territoires aussi bien ruraux qu’urbains, et à l’échelon européen avec en prime en 2019 des institutions et des équilibres politiques qui pourraient fortement évoluer après les élections du mois de mai.

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